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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Quand on ne croit plus dans le système; when one does not believe in the system

Publié le 24 Janvier 2014 par proust pour tous

Quand on ne croit plus dans le système; when one does not believe in the system

Les Français sont râleurs, les Français sont cyniques et désabusés. Ils ne croient plus en leur système de gouvernement, ni en les journalistes qui semblent non pas les informer mais les orienter. Ils pensent que l'avenir vient de ceux qui entreprennent, car dans ce domaine un vent, plutôt un courant d'air de liberté semble souffler. Mais s'ils se mettent à créer des entreprises, ou à développer leurs activités, à qui pensent les Français de 2014, qui vont-ils faire travailler, qui va profiter de leur enthousiasme: la famille, les amis, ceux qui sortent d'écoles de bonne réputation, les gens qu'on connaît et dont on peut rattacher à un groupe familier qui ne fait pas peur: à la CASTE, celle avec laquelle ils vivent en cercle trop fermé.

L'ignorance où nous étions de cette brillante vie mondaine que menait Swann tenait évidemment en partie à la réserve et à la discrétion de son caractère, mais aussi à ce que les bourgeois d'alors se faisaient de la société une idée un peu hindoue et la considéraient comme composée de castes fermées où chacun, dès sa naissance, se trouvait placé dans le rang qu'occupaient ses parents, et d'où rien, à moins des hasards d'une carrière exceptionnelle ou d'un mariage inespéré, ne pouvait vous tirer pour vous faire pénétrer dans une caste supérieure. M. Swann, le père, était agent de change ; le « fils Swann » se trouvait faire partie pour toute sa vie d'une caste où les fortunes, comme dans une catégorie de contribuables, variaient entre tel et tel revenu. On savait quelles avaient été les fréquentations de son père, on savait donc quelles étaient les siennes, avec quelles personnes il était « en situation » de frayer. S'il en connaissait d'autres, c'étaient relations de jeune homme sur lesquelles des amis anciens de sa famille, comme étaient mes parents, fermaient d'autant plus bienveillamment les yeux qu'il continuait, depuis qu'il était orphelin, à venir très fidèlement nous voir ; mais il y avait fort à parier que ces gens inconnus de nous qu'il voyait, étaient de ceux qu'il n'aurait pas osé saluer si, étant avec nous, il les avait rencontrés. Du côté de chez Swann

The French complaint, they are cynical and disillusioned. They don't believe in their government system, nor in journalists who seem not to inform but influence them. They think that the future comes from those who are entrepreneurs, because in that field a liberty wind, or rather a small gush of wind seems to blow. But if they start companies or try to expand their business, to whom the French of 2014 think for hiring or associating with? their family, friends, people coming from schools they trust, or who can be linked to a familiar entity that does not scare them? to their CASTE, with whom they live a too closed life.

Our utter ignorance of the brilliant part which Swann was playing in the world of fashion was, of course, due in part to his own reserve and discretion, but also to the fact that middle-class people in those days took what was almost a Hindu view of society, which they held to consist of sharply defined castes, so that everyone at his birth found himself called to that station in life which his parents already occupied, and nothing, except the chance of a brilliant career or of a ‘good’ marriage, could extract you from that station or admit you to a superior caste. M. Swann, the father, had been a stockbroker; and so ‘young Swann’ found himself immured for life in a caste where one’s fortune, as in a list of taxpayers, varied between such and such limits of income. We knew the people with whom his father had associated, and so we knew his own associates, the people with whom he was ‘in a position to mix.’ If he knew other people besides, those were youthful acquaintances on whom the old friends of the family, like my relatives, shut their eyes all the more good-naturedly that Swann himself, after he was left an orphan, still came most faithfully to see us; but we would have been ready to wager that the people outside our acquaintance whom Swann knew were of the sort to whom he would not have dared to raise his hat, had he met them while he was walking with ourselves. Swann's Way
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