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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Pour réformer la France: mes propositions ; to reform France, I suggest....

Publié le 29 Janvier 2014 par proust pour tous

Pour réformer la France: mes propositions ; to reform France, I suggest....

Illiers-Combray

On ne parle que de réformer la France, mais il faut d'abord réformer les Français: le Français est envieux, car il ne rêve que d'égalité (ce qui veut dire qu'il ne veut personne "au-dessus" de lui). Comme il vit dans un "village" même en ville, le Français épie son voisin, il va même le dénoncer à l'administration la plus proche: la mairie, les impôts, la sécurité sociale... partout où il peut envoyer une lettre anonyme. JE PROPSE donc une circulaire dans toutes les administrations qui interdirait de prendre en compte ces dénonciations de triste réputation en ce qui concerne notre passé, et notre réputation.

Quand Françoise, après avoir veillé à ce que mes parents eussent tout ce qu’il leur fallait, remontait une première fois chez ma tante pour lui donner sa pepsine et lui demander ce qu’elle prendrait pour déjeuner, il était bien rare qu’il ne fallût pas donner déjà son avis ou fournir des explications sur quelque événement d’importance: —«Françoise, imaginez-vous que Mme Goupil est passée plus d’un quart d’heure en retard pour aller chercher sa sœur; pour peu qu’elle s’attarde sur son chemin cela ne me surprendrait point qu’elle arrive après l’élévation.» —«Hé! il n’y aurait rien d’étonnant», répondait Françoise. —«Françoise, vous seriez venue cing minutes plus tôt, vous auriez vu passer Mme Imbert qui tenait des asperges deux fois grosses comme celles de la mère Callot; tâchez donc de savoir par sa bonne où elle les a eues. Vous qui, cette année, nous mettez des asperges à toutes les sauces, vous auriez pu en prendre de pareilles pour nos voyageurs.» —«Il n’y aurait rien d’étonnant qu’elles viennent de chez M. le Curé», disait Françoise. —«Ah! je vous crois bien, ma pauvre Françoise, répondait ma tante en haussant les épaules, chez M. le Curé! Vous savez bien qu’il ne fait pousser que de petites méchantes asperges de rien. Je vous dis que celles-là étaient grosses comme le bras. Pas comme le vôtre, bien sûr, mais comme mon pauvre bras qui a encore tant maigri cette année.» —«Françoise, vous n’avez pas entendu ce carillon qui m’a cassé la tête?» —«Non, madame Octave.» —«Ah! ma pauvre fille, il faut que vous l’ayez solide votre tête, vous pouvez remercier le Bon Dieu. C’était la Maguelone qui était venue chercher le docteur Piperaud. Il est ressorti tout de suite avec elle et ils ont tourné par la rue de l’Oiseau. Il faut qu’il y ait quelque enfant de malade.» —«Eh! là, mon Dieu», soupirait Françoise, qui ne pouvait pas entendre parler d’un malheur arrivé à un inconnu, même dans une partie du monde éloignée, sans commencer à gémir. —«Françoise, mais pour qui donc a-t-on sonné la cloche des morts? Ah! mon Dieu, ce sera pour Mme Rousseau. Voilà-t-il pas que j’avais oublié qu’elle a passé l’autre nuit. Ah! il est temps que le Bon Dieu me rappelle, je ne sais plus ce que j’ai fait de ma tête depuis la mort de mon pauvre Octave. Mais je vous fais perdre votre temps, ma fille.» —«Mais non, madame Octave, mon temps n’est pas si cher; celui qui l’a fait ne nous l’a pas vendu. Je vais seulement voir si mon feu ne s’éteint pas.» Ainsi Françoise et ma tante appréciaient-elles ensemble au cours de cette séance matinale, les premiers événements du jour. Mais quelquefois ces événements revêtaient un caractère si mystérieux et si grave que ma tante sentait qu’elle ne pourrait pas attendre le moment où Françoise monterait, et quatre coups de sonnette formidables retentissaient dans la maison. —«Mais, madame Octave, ce n’est pas encore l’heure de la pepsine, disait Françoise. Est-ce que vous vous êtes senti une faiblesse?» —«Mais non, Françoise, disait ma tante, c’est-à-dire si, vous savez bien que maintenant les moments où je n’ai pas de faiblesse sont bien rares; un jour je passerai comme Mme Rousseau sans avoir eu le temps de me reconnaître; mais ce n’est pas pour cela que je sonne. Croyez-vous pas que je viens de voir comme je vous vois Mme Goupil avec une fillette que je ne connais point. Allez donc chercher deux sous de sel chez Camus. C’est bien rare si Théodore ne peut pas vous dire qui c’est.» —«Mais ça sera la fille à M. Pupin», disait Françoise qui préférait s’en tenir à une explication immédiate, ayant été déjà deux fois depuis le matin chez Camus. —«La fille à M. Pupin! Oh! je vous crois bien, ma pauvre Françoise! Avec cela que je ne l’aurais pas reconnue?» —«Mais je ne veux pas dire la grande, madame Octave, je veux dire la gamine, celle qui est en pension à Jouy. Il me ressemble de l’avoir déjà vue ce matin.» —«Ah! à moins de ça, disait ma tante. Il faudrait qu’elle soit venue pour les fêtes. C’est cela! Il n’y a pas besoin de chercher, elle sera venue pour les fêtes. Mais alors nous pourrions bien voir tout à l’heure Mme Sazerat venir sonner chez sa sœur pour le déjeuner. Ce sera ça! J’ai vu le petit de chez Galopin qui passait avec une tarte! Vous verrez que la tarte allait chez Mme Goupil.» —«Dès l’instant que Mme Goupil a de la visite, madame Octave, vous n’allez pas tarder à voir tout son monde rentrer pour le déjeuner, car il commence à ne plus être de bonne heure», disait Françoise qui, pressé de redescendre s’occuper du déjeuner, n’était pas fâchée de laisser à ma tante cette distraction en perspective. —«Oh! pas avant midi, répondait ma tante d’un ton résigné, tout en jetant sur la pendule un coup d’œil inquiet, mais furtif pour ne pas laisser voir q’elle, qui avait renoncé à tout, trouvait pourtant, à apprendre que Mme Goupil avait à déjeuner, un plaisir aussi vif, et qui se ferait malheureusement attendre encore un peu plus d’une heure. Et encore cela tombera pendant mon déjeuner!» ajouta-t-elle à mi-voix pour elle-même. Du côté de chez Swann, II

I suggest to take regulatory measures in all French administrations to forbid the use of anonymous letters of dénonciations. It would make the envious neighbour less powerful and eventually less active, and less jealous.

~~When Françoise, having seen that my parents had everything they required, first went upstairs again to give my aunt her pepsin and to find out from her what she would take for luncheon, very few mornings pased but she was called upon to give an opinion, or to furnish an explanation, in regard to some important event. “Just fancy, Françoise, Mme. Goupil went by more than a quarter of an hour late to fetch her sister: if she loses any more time on the way I should not be at all surprised if she got in after the Elevation.” “Well, there’d be nothing wonderful in that,” would be the answer. Or: “Françoise, if you had come in five minutes ago, you would have seen Mme. Imbert go past with some asparagus twice the size of what mother Callot has: do try to find out from her cook where she got them. You know you’ve been putting asparagus in all your sauces this spring; you might be able to get some like these for our visitors.” “I shouldn’t be surprised if they came from the Curé‘s,” Françoise would say, and: “I’m sure you wouldn’t, my poor Françoise,” my aunt would reply, raising her shoulders. “From the Curé‘s, indeed! You know quite well that he can never grow anything but wretched little twigs of asparagus, not asparagus at all. I tell you these ones were as thick as my arm. Not your arm, of course, but my-poor arm, which has grown so much thinner again this year.” Or: “Françoise, didn’t you hear that bell just now! It split my head.” “No, Mme. Octave.” “Ah, poor girl, your skull must be very thick; you may thank God for that. It was Maguelone come to fetch Dr. Piperaud. He came out with her at once and they went off along the Rue de l’Oiseau. There must be some child ill.” “Oh dear, dear; the poor little creature!” would come with a sigh from Françoise, who could not hear of any calamity befalling a person unknown to her, even in some distant part of the world, without beginning to lament. Or: “Françoise, for whom did they toll the passing-bell just now? Oh dear, of course, it would be for Mme. Rousseau. And to think that I had forgotten that she passed away the other night. Indeed, it is time the Lord called me home too; I don’t know what has become of my head since I lost my poor Octave. But I am wasting your time, my good girl.” “Indeed no, Mme. Octave, my time is not so precious; whoever made our time didn’t sell it to us. I am just going to see that my fire hasn’t gone out.” In this way Françoise and my aunt made a critical valuation between them, in the course of these morning sessions, of the earliest happenings of the day. But sometimes these happenings assumed so mysterious or so alarming an air that my aunt felt she could not wait until it was time for Françoise to come upstairs, and then a formidable and quadruple peal would resound through the house. “But, Mme. Octave, it is not time for your pepsin,” Françoise would begin. “Are you feeling faint?” “No, thank you, Françoise,” my aunt would reply, “that is to say, yes; for you know well that there is very seldom a time when I don’t feel faint; one day I shall pass away like Mme. Rousseau, before I know where I am; but that is not why I rang. Would you believe that I have just seen, as plainly as I see you, Mme. Goupil with a little girl I didn’t know at all. Run and get a pennyworth of salt from Camus. It’s not often that Théodore can’t tell you who a person is.” “But that must be M. Pupin’s daughter,” Françoise would say, preferring to stick to an immediate explanation, since she had been perhaps twice already into Camus’s shop that morning. “M. Pupin’s daughter! Oh, that’s a likely story, my poor Françoise. Do you think I should not have recognised M. Pupin’s daughter!” Swann's Way, Combray

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