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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Pour le Nouvel An; for Happy New Year

Publié le 31 Décembre 2013 par proust pour tous

Pour le Nouvel An; for Happy New Year

Une tradition proustienne du Nouvel An: citer un passage où le narrateur attend un mot de Gilberte, en vain. Ce passage, cette année, est tout à fait approprié, en raison d'une belle dispute avec Jules, via sms, et de laquelle, pour une fois, j'étais entièrement responsable. J'ai même craint qu'il puisse annuler le réveillon qu'il prépare pour moi ce soir. Sans nouvelles rassurantes sur ses intentions, je me suis tristement mise en chemin pour mon bureau ce matin, en me racontant le fameux passage sur le 1er janvier. Je m'en étais servi déformé, pour convaincre Jules, que, malgré son courroux légitime, il ne pouvait ignorer que ce jour était spécial et resterait dans les annales.

Il soufflait un vent humide et doux. C’était un temps que je connaissais; j’eus la sensation et le pressentiment que le jour de l’an n’était pas un jour différent des autres, qu’il n’était pas le premier d’un monde nouveau où j’aurais pu, avec une chance encore intacte, refaire la connaissance de Gilberte comme au temps de la Création, comme s’il n’existait pas encore de passé, comme si eussent été anéanties, avec les indices qu’on aurait pu en tirer pour l’avenir, les déceptions qu’elle m’avait parfois causées: un nouveau monde où rien ne subsistât de l’ancien... rien qu’une chose: mon désir que Gilberte m’aimât. Je compris que si mon coeur souhaitait ce renouvellement autour de lui d’un univers qui ne l’avait pas satisfait, c’est que lui, mon cur, n’avait pas changé, et je me dis qu’il n’y avait pas de raison pour que celui de Gilberte eût changé davantage; je sentis que cette nouvelle amitié c’était la même, comme ne sont pas séparées des autres par un fossé les années nouvelles que notre désir, sans pouvoir les atteindre et les modifier, recouvre à leur insu d’un nom différent. J’avais beau dédier celle-ci à Gilberte, et comme on superpose une religion aux lois aveugles de la nature, essayer d’imprimer au jour de l’an l’idée particulière que je m’étais faite de lui, c’était en vain; je sentais qu’il ne savait pas qu’on l’appelât le jour de l’an, qu’il finissait dans le crépuscule d’une façon qui ne m’était pas nouvelle: dans le vent doux qui soufflait autour de la colonne d’affiches, j’avais reconnu, j’avais senti reparaître la matière éternelle et commune, l’humidité familière, l’ignorante fluidité des anciens jours. A l'ombre des jeunes filles en fleurs

A proustian tradition for Happy New Year: a text in which the narrator is waiting for a letter from Gilberte, to no avail. This text is particularly apropriate this year, as I had provoked a dispute with Jules and used in a sms the Proust'text, with a meaning completly distorded, to convince Jules that today is a very special day and that he should overcome his legitimate anger and prepare the feast he had planned for me.

A moist and gentle breeze was blowing. It was a time of day and year that I knew; I suddenly felt a presentiment that New Year’s Day was not a day different from the rest, that it was not the first day of a new world, in which, I might, by a chance that had never yet occurred, that was still intact, make Gilberte’s acquaintance afresh, as at the Creation of the World, as though the past had no longer any existence, as though there had been obliterated, with the indications which I might have preserved for my future guidance, the disappointments which she had sometimes brought me; a new world in which nothing should subsist from the old — save one thing, my desire that Gilberte should love me. I realised that if my heart hoped for such a reconstruction, round about it, of a universe that had not satisfied it before, it was because my heart had not altered, and I told myself that there was no reason why Gilberte’s should have altered either; I felt that this new friendship was the same, just as there is no boundary ditch between their forerunners and those new years which our desire for them, without being able to reach and so to modify them, invests, unknown to themselves, with distinctive names. I might dedicate this new year, if I chose, to Gilberte, and as one bases a religious system upon the blind laws of nature, endeavour to stamp New Year’s Day with the particular image that I had formed of it; but in vain, I felt that it was not aware that people called it New Year’s Day, that it was passing in a wintry dusk in a manner that was not novel to me; in the gentle breeze that floated about the column of playbills I had recognised, I had felt reappear the eternal, the universal substance, the familiar moisture, the unheeding fluidity of the old days and years.
Within a budding grove (translation C.K. Scott Moncrieff)
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